La maison Mouchotte Frères, distillateurs, est établie à Saint-Mandé, dans l’ancien département de la Seine (aujourd’hui le Val-de-Marne). Selon le musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise, la distillerie est fondée à Paris en 1820 ; le fils du fondateur, Octave Mouchotte, la transfère en 1870 cours de Vincennes à Saint-Mandé, avant de la fixer définitivement rue de l’Épinette en 1888. Son absinthe y obtient une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889 — récompense que rappelle encore, trente ans plus tard, l’en-tête des factures de la maison, aux côtés d’un Hors Concours à l’Exposition de 1900 et d’un Grand Prix à l’Exposition internationale de Saint-Louis en 1904.
« Le Bourgeon » est le nom qu’elle donne à un apéritif à base de sève de pin — une formule proche des sirops et élixirs « de bourgeons » que la pharmacopée populaire de l’époque vantait comme toniques hygiéniques, plutôt qu’une boisson anisée. L’annuaire du commerce Didot-Bottin de 1921 inscrit la maison à sa rubrique « Distillateurs » avec la mention explicite : « Mouchotte Frères — Le Bourgeon, apéritif à base de sève de pin — rue de l’Épinette, 7, à Saint-Mandé (Seine) ». Le produit circulait déjà bien avant cette date : en décembre 1908, le journal La Fédération de la Seine rapporte qu’un « Bourgeon » de la maison Mouchotte figurait, aux côtés de fine champagne et de champagne offerts par d’autres maisons de la région, parmi les lots d’une manifestation locale — preuve que la marque circulait alors dans le commerce courant de la proche banlieue parisienne.
Mouchotte Frères est un distillateur : la maison fabrique elle-même ses spiritueux, elle ne se contente pas de les négocier. Une facture à en-tête illustré, datée du 16 décembre 1918, montre l’entreprise vendant, à la même période, du rhum « fantaisie », de l’amer et du guignolet : la gamme dépassait donc largement le seul « Bourgeon », qui n’était qu’une spécialité parmi d’autres.
Après la prohibition de l’absinthe en 1915, la maison se reconvertit dans les anisés et lance, vers 1920, son « Pernis Super Anis » — une marque qui prend ensuite le pas dans les annuaires professionnels : la publicité de Mouchotte Frères au Bottin de 1925 ne met plus en avant que le « Pernis », sans plus mentionner « Le Bourgeon ». Rien ne permet de dire si l’apéritif à la sève de pin a cessé d’être commercialisé à cette date ou s’il a simplement disparu des encarts publicitaires payants tout en restant au catalogue de la maison : aucune source consultée ne tranche la question.
La recherche menée sur les objets de collection (eBay, Delcampe) n’a permis de retrouver ni affiche, ni plaque émaillée, ni buvard, ni carafe portant le nom « Le Bourgeon » : seule une facture à en-tête de la maison a pu être identifiée et archivée, muette sur cette marque précise. Cette absence ne permet pas de conclure que « Le Bourgeon » n’a jamais bénéficié d’une réclame — seulement qu’aucune n’a été retrouvée par les voies consultées ici —, à la différence du Pernis, plus tardif, connu lui par des cartons publicitaires et des éventails conservés au musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise.
